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Bilé Didier (Artiste): “Le Zouglou est ma drogue” - 21 Mai 2008
Après “Gboglo Koffi” en 1991, “Anango plan” en 1992, “Rêve et réalité”, “Ivoire Compil Vol 2”, “Collectif Zouglou” en 1998, “Africa” en 2000 et “le Zouglouthèque” en 2002, point de Bilé Didier sur le marché discographique ivoirien. Etant l'un des précurseurs du Zouglou, rythme qui a acquis ses lettres de noblesse, Bilé Didier, que l'on surnomme, à juste titre, “le roi” incontestable de ce genre musical, s'ouvre… Avec lui, l'on parle évidemment de Zouglou. De sa vie en Europe. Et aussi de son avenir musical.
Bilé Didier et le Zouglou, c'est toute une histoire qui ne date pas de maintenant ?
Oui, officiellement, cela fait 18 ans. Mais avant, nous avions le “Wôyô”, le temps des esprits gazeurs et autres. Même si Didier n'est plus, puisque je ne suis pas immortel, le Zouglou vivra toujours.
Votre état d'esprit après avoir fêté les18 ans d'existence de ce rythme ?
Quand je suis arrivé au Festival Zouglou, j'étais presqu'en transe. Parce que cela faisait bien longtemps que l'on a assisté à ce genre de festival où les mélomanes réclament, à cor et à cri, le Zouglou. C'est une leçon pour nous les Zouglouphiles, d'autant plus que cela nous engage à travailler davantage pour ne pas décevoir ces gens qui attendent beaucoup de nous. Le Zouglou est ma drogue, à moi.
Que pensez-vous de la jeune génération qui évolue dans le Zouglou ?
Au départ, nous avons pris les devants. Mais Joe Christy, Esprit Bakri, Waka, Jules Loubé... en sont les fondateurs. Nous avons fait des choses magnifiques. Par la suite, sont arrivés des groupes comme Magic System, Espoir 2000, Yodé et Siro, Soum Bill, Molière, etc. A qui je dois toute ma reconnaissance pour la simple raison qu’ils ont perpétué le mouvement en notre absence au pays. Ils ont apporté leur pierre à l’édifice. Et à présent, le zouglou est dans un état satisfaisant. Je pense que cette génération a du mérite.
Avec la floraison des différents rythmes musicaux comme le Coupé-Décalé, l'on ne vendait pas cher la peau du Zouglou ?
Lorsque nous avons commencé le Zouglou, les gens nous ont dit que ce rythme serait ephemère. Mais nous avons réalisé que cette musique répond aux aspirations des Ivoiriens. Le phénomène du coupé-décalé a aussi sa raison d’exister. Au Congo, il y'a la Rumba qui est une musique magnifique. Et lorsqu'ils sont entrés en période de guerre, ils n'avaient plus envie de réfléchir, et le souci de distraction les a conduit au Zaïko, au Soukouss et autres rythmes dansants. Toutefois, leur base reste la Rumba. Tout comme le coupé-décalé qui a une base avec réminiscence à influence Congolaise. C'est tout à fait normal qu'en période de guerre, les gens aient envie de s'amuser pour oublier les soucis quotidiens. Cependant, nous revenons désormais à l'essentiel qui est le Zouglou.
Depuis combien de temps êtes-vous expatrié en Europe ?
J'y suis depuis 1995. Cela fait donc 13 années que je réside en France.
Votre activité principale en Europe, à part la musique ?
Je ne fais que de la musique. Je suis Zouglouphile. Il y a certes des hauts et des bas. Il ne faut pas se leurrer et dire à tout le monde que ça va. Ça ne servira à rien d'être guindé et se mentir. Je vis de ma musique. Alpha Blondy n'est pas devenu ce qu'il est en un jour. Il a connu 20 ans de galère. Quand on voit certaines personnes comme Johnny Hallyday ou Michael Jackson, les gens ne savent pas qu'ils ont eux aussi eu des problèmes.
D'aucuns disent que votre activité principale en Europe serait les jeux de hasard ?
Malheureusement, ici, on voit des gens jouer, de temps en temps, aux jeux de hasard. Ils le prennent comme une calamité. Ce n'est pas comme Patrick Bruel qui a vendu des millions d'albums et qui est champion du monde de Poker. Il m'arrive de jouer au PMU, au Millionnaire et autres jeux. Aujourd’hui, de milliers d'Ivoiriens jouent aux jeux de hasard. Alors pourquoi moi, je ne devrais pas en faire autant. Je ne suis qu'un homme, à qui il arrive parfois de gagner des sommes exorbitantes et parfois d’en perdre. Je ne suis pas accroc. J'ai mes vices comme tout le monde. C'est juste un passe temps pour moi. Maintenant, si les gens pensent que c'est réducteur, tant pis pour eux. De toute façon, avant d'avoir un gagnant, il faut qu'il y ait des participants aux jeux.
Que faites-vous en tant qu'aîné dans le Zouglou, pour qu'en Europe, ce mouvement prenne encore plus de l'ampleur dans le cœur des mélomanes européens. Puisque hors-mis Magic System, aucun artiste Zouglou n'a encore signé avec une major ?
A part Alpha Blondy et Tiken Jah, aucun artiste reggae ivoirien n'a percé en Europe. C'est très difficile. Je n'envie personne. Je pense que chacun a son étoile. Et puis, je me dis simplement que si un jour le Zouglou doit éclore, ce ne sera pas du fait d'une seule personne, mais de plusieurs Zouglouphiles. J'ai fait un morceau en collaboration avec Denise comme “Ya Fohi” qui, pendant deux ans, a été au top 20 des hits les plus joués dans les boîtes de nuit françaises. Aussi “Zizi” que les Ivoiriens ne connaissent pratiquement pas, mais, qui a été couronné de succès au Bénin, au Togo, au Cameroun et au Gabon. Nous essayons d'être les ambassadeurs du Zouglou, chacun dans son petit coin, et c'est à force de monter les petites pierres les unes après les autres que nous édifierons une grande battisse.
Que faites-vous personnellement à votre niveau pour que le Zouglou s'impose en Europe ?
Je joue ça et là dans des salles, et petit à petit, je fais mon chemin. Le jour où mon heure va sonner, je vais éclore. Toutes les stars que vous avez en ce moment ont attendu leur heure de gloire. Comme ce fut le cas de Magic System dont le premier album a connu un flop, contrairement au deuxième dont le succès les a surpris. Chacun a son étoile et je pense qu'il faut respecter ce que les gens ont et les admirer pour ça. Il ne faut surtout pas envier les autres. Nous devons apprécier ce que Dieu nous donne et en retour lui rendre grâce.
Qu'est-ce qu'il en est de “Photocopie” ?
Il se porte bien et est à l'université ici à abidjan. Nous nous sommes revus depuis mon arrivée. C'est mon fils adoptif. Il était également présent au Festival Zouglou. Il m'a dit son besoin d’entrer à l'ENA. Je ferais ce que je peux pour l'aider à réaliser ce rêve et à avancer dans les études.
Que sont devenus les autres membres du groupe “Les Parents du Campus”?
Tous les membres des Parents du Campus, à part moi, qui ai continué dans la vocation musicale, sont devenus des procureurs de la République, des commissaires de Police comme Commissaire Loubé que j'admire énormément, des Contrôleurs, des Cadres aux Impôts, etc. Ce sont des gens qui ont tous réussi dans la vie. Moi, je réussis dans la musique.
Vu la situation sociale de vos amis d'autrefois, n'y a-t-il pas de frustration quelque part ?
Pourquoi serais-je frustré ? Pensez-vous qu'ils travailleront assez pour avoir le salaire que Céline Dion a eu en un concert ? Je suis content pour eux, mais je ne me plains pas, non plus. A me voir, est-ce que je ressemble à un nécessiteux ? Si vous estimez que je ressemble à quelqu'un qui est dans le besoin, c'est tant mieux. Je ne suis que le fils de l'éternel. Je ne me plains pas de ma vie, car elle n'est pas misérable et déplorable. J'aime mes enfants et nous nous contentons d'être heureux pour tout le monde.
Est-ce que Didier vit en Europe avec une femme ou est-il un cœur à prendre?
Je vis de ma musique. Je protège ma famille, et donc souffrez que je ne l'expose pas.
Quelle est l'histoire de la barre de fer que Didier a dans la jambe ?
Maintenant, les gens vont me traiter d'homme bionique, ou parce que j'ai une barre de fer que je danse rapidement. Alors que depuis 1988, j'ai eu un accident de football à Ebrah. J'étais gardien de but lors d'un tournoi de foot, et j'ai été blessé par un joueur, me causant une double fracture péroné / tibia. J'ai également eu un enclouage centromédullaire lors de cet accident sportif. J'ai effectivement une tige de fer dans la jambe. Je vois que vous êtes assez informé sur ma personne. Je me porte pas mal pour autant.
Quelles sont vos relations avec les autres Zouglouphiles vivant en Europe ?
Nous avons de très bonnes relations. Me concernant, je suis très bien avec eux. Et ils me le rendent d'ailleurs très bien. Maintenant, s'ils ont des problèmes avec moi, je n'en sais rien.
Didier revient-il prochainement avec un nouvel album ?
Oui, je suis en préparation de mon prochain album. Je ne dois pas le rater parce que les gens m'attendent. La population me le démontre à chaque fois que j'ai un passage ça et là. Je ne dois pas échouer avec cet album, sinon je prendrais mon diplôme de comptable et j'irais faire de la comptabilité.
Quel commentaire pouvez-vous faire lorsque les gens disent que Zouglou et alcool font bon ménage ?
On rencontre des gens qui boivent et fument dans le Zouglou comme tout le monde. S'il y avait que les artistes Zouglou qui remplissaient les bars et autres maquis d'Abidjan, cela se saurait. Je mets au défi quiconque qui m'aurait vu saouler ou coucher quelque part, parce que j'aurais bu de manière exagérée. Ce sont des préjugés, et puisque cela nous colle au dos, nous ne pouvons rien faire d'autre que de regarder les gens médire. Vous savez bien que c'est lorsque que l'on cherche à se défaire d'une rumeur que celle-ci s'enfle davantage.
On remarque que depuis un certain moment, le Zouglou revient en force au devant
de la scène ?
Tant qu'il y aura des problèmes, le zouglou sera là pour dénoncer les tares de la société. Le Zouglou a toujours été là, et je pense que les Ivoiriens aspirent aux fondamentaux. Il n'y a rien à dire à ce niveau. Nous n'avons jamais perdu notre inspiration. C'est seulement la population qui avait décidé de changer les donnes et qui revient à ses anciennes amours.
Source:Franck Hamylton - Prestige
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