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DJ Luciano : “Le ministère de la culture nous doit”
Gueï Boni Luciano, c'est le nom à l'état civil de DJ Luciano. Depuis deux décennies, il tutoie les platines. Il fait partie de ceux qui ont fait vibrer la nuit dans les années 1980. L'amour de la musique l'a amené à se frotter aux différents “Master mix” en vogue à l'époque. Ainsi, arriva le Smurf. Luciano a contribué à l'émergence de ce mouvement en Eburnie aux côtés de Yves Zogbo Junior. Abidjan City Breakers (ACB), il en faisait partie. Il a écumé les night-clubs et tous les endroits des rendez-vous de Funk. Ziké, Moses Djinko, Jean Marcel Tapé, Bernard (DJ Ben), feu Papi, John Jay… étaient ses compagnons de scène. Depuis 2003, il est le 1er président de cette association des Disc-jockeys et animateurs de Côte d'Ivoire (Adjaci). A la veille de la grande assemblée générale de cette association, DJ Luciano est monté au créneau pour faire un déballage.
Luciano, on dirait que l'Adjaci bat de l'aile. Que se passe t-il ?
Le mouvement ne bat pas de l'aile puisque nous savons d'où nous venons et où nous allons. Les gens ont l'habitude d'étiquetter l'Adjaci à la musique. Et l'on pense qu'aujourd'hui, pour être DJ, il faut forcément sortir un album. Pour nous, le DJ, c'est celui qui passe d'abord par le matériel. Tu peux sortir un album et pouvoir bien chanter. Mais il est important d'abord de passer par une cabine.
C'est-à-dire ?
Le matériel que tu pratiques, est celui de DJ. Sur ce matériel, tu dois être capable de créer une ambiance et faire danser les gens dans le milieu où tu exerces. En plus de cela, tu y ajoutes tes connaissances en technique d'animation qu'on appelle des “mix”, des “megamix” et des “scratchs”. Cela permet d'agrémenter les soirées. Mais pour y arriver il faut avoir une culture musicale. Il faut être aussi un psychologue. C'est à dire savoir ce que les gens veulent. Arriver à les maintenir au cours d'une soirée de 22h à 6h du matin.
Donc tous ceux qui jouent la musique dans une discothèque, un bar, ou un maquis ne sont pas tous de bons DJ ?
Un bon DJ doit avoir son matériel. On peut “scratcher” sur une casette ou un CD dans un bar sans toutefois être un bon DJ. Mais si vous possédez votre propre matériel de DJ dans un maquis, vous l'êtes évidemment. Parce que vous arrivez à créer l'ambiance. La seule différence, c'est que vous n'avez pas la même culture que le DJ de bar et celui de boîte de nuit. Dans les maquis, le client exige le show avec une musique forte. Alors qu'en discothèque, les gens sont très exigeants. C'est tout un parcours musical. C'est du Zouk ou de la musique cubaine, en somme, la variété. Le DJ de discothèque est obligé de mettre toute une série contrairement à celui de maquis.
On peut dire que, tout le monde n'est pas DJ, et qu’il y a des metteurs de musique ?
Bien sûr qu'il y des metteurs de musique et des DJ. Mais dans les maquis aussi, il y a des DJ. Et de très bons d'ailleurs. On peut partir d'un maquis pour arriver dans une boîte de nuit. Et vice versa. Il y a de bons DJ tout comme il y en a de mauvais.
Ceux qui ont sorti des albums savent-ils manipuler les platines ?
Malheureusement, nous sommes confrontés à ce problème là. Vous savez quand un mouvement prend de l'ampleur, il y a des gens qui s'en accaparent. Il y a même des abus. C'est un travail de maturité. Nous sommes confrontés à des jeunes gens qui disent exercer dans ce corps de métier et profitent pour sortir des albums. Très souvent, ces gens là sont soutenus par ceux qui les produisent. Parce qu'on dit que le mouvement DJ est en vogue. Le mouvement coupé-décalé marche. Donc il faut s'y mettre. Il faut respecter ce qu'on fait. Entre DJ, nous nous connaissons bien. Nous savons qui est bon et qui ne l'est pas.
Mais pour sortir un album, un DJ n'est pas obligé de passer par l'Adjaci ?
Celui qui sort son album n'est pas obligé de se faire appeler DJ. Je vais prendre un exemple : Jean Jacques Kouamé, Lino Versacé, Boro Sanguy, Lindsay… ne sont pas des DJ bien qu'ils fassent du décalé-coupé. Mais certaines personnes pensent qu'elles le sont. Parce que le mouvement décalé-coupé, est attribué à la fois aux boucantiers et aux DJ. Donc il faut savoir faire la part des choses. L'Adjaci n'est pas une structure de promotion des DJ, mais plutôt celle de leur bien-être.
Vous avez donc décidé de faire un toilettage au niveau de l'Adjaci ?
Bien sûr que nous avons décidé de faire un toilettage à partir de nos cartes de membres. On va sur ton lieu de travail, on te regarde animer et on te délivre ta carte de membre de l'Adjaci. Ce n'est pas une carte honorifique, mais plutôt celle du mérite.
Quel est l'avantage d'avoir une carte de membre ?
Elle permet au DJ d'être reconnu en tant que tel. Nous sommes solidaires. Ceux que nous reconnaissons sont soutenus parce que nous savons que les DJ sont exposés à un certain nombre de problèmes. Le mot d'ordre qu'on a donné est la solidarité. Et c'est ce qu'on a fait pour DJ Dupont, Allan DJ et même pour Douk Saga.
Etes-vous subventionnés ?
Non pas du tout. Nous avons adressé des courriers un peu partout mais aucune suite favorable jusqu'aujourd'hui. Nous savons que le ministère de la culture nous doit à hauteur de 1,5 million. Cette somme devrait être touchée depuis le championnat “flag”. On nous a promis qu'on allait rencontrer le Président de la République. Mais rien de tout cela jusqu’à ce jour.
Il est dit que les DJ ne font pas de la bonne musique? Quels commentaires?
Quels sont ces spécialistes qui ont l'art de juger ? Ceux-mêmes qui critiquent le coupé-décalé, que chantent-ils de bons ? Si les DJ ne chantaient rien de bon, les maquis et boîtes de nuit allaient fermer. Ce sont même ces DJ qui remplissent les stades de la sous-région. Ils voyagent partout dans le monde où on leur fait la part belle sur les grandes chaînes de télévision et radio. A travers le coupé-décalé, on ne parle que de la musique partout. Cette musique a traversé les frontières de la Côte d'Ivoire. C'est cette critique qu'ils avaient portée contre le zouglou. Et maintenant, c'est sur le coupé-décalé. il faut qu’on respecte le coupé-décalé parce que, c'est notre identité culturelle actuelle.
Parlons de l'assemblée générale de l'Adjaci …
Pendant cette assemblée générale, nous mettrons les points sur les “i”. J'ai décidé de ne plus être candidat aux prochaines élections à la présidence de l'Adjaci. Parce que j'ai envie que d'autres personnes s'y essaient. Certes je fais partie des membres fondateurs avec Nixon, Ange Silva, Alex Funk, DJ Pirate mais nous avons compris qu'il faut laisser la place aux plus jeunes. Nous voulons mieux organiser ce corps de métier afin qu'au soir de sa carrière, un DJ puisse avoir ses propres réalisations. Je vais organiser les élections et ensuite vaquer à d'autres occupations.
Par Franck RV
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