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David Tayorault(Auteur Compositeur Arrangeur) : “Pour moi, Maty Dollar n’existe plus”

David Tayorault(Auteur Compositeur Arrangeur) : “Pour moi, Maty Dollar n’existe plus”
C'est dans un uniforme kaki et une casquette coloniale que David Tayorault a été boosté sur la scène musicale par le groupe Woya. Petit à petit, celui que certains appellent Totorino ou le Samouraï a fini par conquérir le cœur des mélomanes à travers ses chansons. Miziki, cocktail, ton pied mon pied, suzana…et Samouraï groove sont des titres qui l'ont réellement propulsé. En plus, David Tayorault est un arrangeur pétri de talent. Conscient d'avoir laissé dominer le talent d'arrangeur sur son don de chanteur, Totorino prend une décision sur sa nouvelle vie. Il veut reconquérir son public.


Comment arrives-tu à percer le mystère de certaines musiques ?
C'est le travail. Il n'y a pas de “gbass” (gris-gris), moins encore de maggie. Je suis passé par l'étape des groupes. Et a l'époque, avant d'enregistrer un disque, il fallait être quelqu'un qui puisse chanter avec un orchestre, qui sache jouer à un instrument ou qui a la formation d'un orchestre. Nous, à l'époque avant d'être Woya, on était un orchestre à l'image des Mewlessels ou de l'ORTI. On a accompagné sur scène dans les années 1980 presque toute la crème d'artistes ivoiriens qui étaient au top à l'époque. Donc, il y a eu toute cette expérience des concerts, des bals où on jouait plusieurs séquences musicales.

On te reconnaît à la fois grand artiste et grand arrangeur. Mais on a l'impression que les arrangements ont pris le dessus sur ta carrière d'artiste. Es-tu conscient de cela ?
(Rires) Je suis la première personne à le constater. Aujourd'hui, il y a des gens qui ne savent pas que j'ai mené ou que je mène une carrière de chanteur. Tellement l'arrangeur a devancé le chanteur. Ça, c'est de ma faute. Je n'accuse personne. Parce que je me suis beaucoup investi dans les arrangements. Par conséquent, j'ai fait des albums de très belle facture technique et artistique. En tout cas, des albums irréprochables. Cependant, depuis quelques années, plusieurs fans ne cessent de m'interpeller sur mes qualités de bon chanteur. Et cela m'a fait beaucoup réfléchir. Depuis 2005, j'ai mûri la décision d'arrêter les arrangements pour me consacrer désormais à ma carrière de chanteur. Mais la réalité est que j'avais pris des engagements, que j’ai honorés, jusqu'à fin juin 2007. Date à laquelle j'ai mis complètement fin aux arrangements. J'ai donc pris mon année sabbatique pour m'occuper de ma carrière musicale.

Donc tu arrêtes carrément les arrangements ?
J'ai arrêté les arrangements depuis juin.

Et si d'aventure la sollicitation était forte ?
J'ai fait la part des choses. J'ai pris ma décision. Donc, elle est effective. Là, j'ai des projets. J'ai une structure de production. On détecte des talents, on les produit, puis on les distribue. J'essaie de faire autre chose parce que je suis fatigué. Il faut que je prenne de l'air et aussi que je m'occupe du volet chanteur. C'est dans cette phase qu'on est. Nous sommes très actifs. Nous sommes en train de préparer une promotion vraiment adéquate. Tous les clips de l'album “Samouraï-Groove” sont en finition. Parce que c'est un album sur lequel je compte énormément pour m'imposer au plan international. Déjà on a de bonnes nouvelles par rapport à sa distribution en Europe. Il y a des concerts prévus. Il y a plein d'activités que nous allons mener pour positionner l'album et ce, définitivement. Côté arrangement, pour mes activités de Ted Label, je compte solliciter d'autres experts en la matière pour confectionner les œuvres discographiques. N'empêche de temps en temps, je peux mettre la main à la patte. Je suis démocratique dans le travail. Je fonctionne en businessman (…) je sollicite souvent des jeunes arrangeurs car j'apprécie beaucoup leur travail. Je collabore avec tout le monde.

On dit que tu es friand d'argent. Si tu arrêtes les arrangements, pourras-tu joindre les deux bouts ? Du fait que la musique ne marche plus à cause du phénomène de la piraterie ?
(Rires). Et toi, tu n'aimes pas l'argent ? (Avec un air sérieux)

C'est moi qui t'ai posé la question
Non, non ! Moi aussi, je voudrais te poser la question si tu n'aimes pas l'argent ?

J'aime l'argent mais je ne suis pas un arrangeur…
Je vais dire une chose. Les arrangeurs en Côte d'Ivoire sont très mal payés. Nous faisons beaucoup plus du social que du business. Moi, je suis fatigué de faire du social. Il faut qu'on soit clair là-dessus. Il y a des artistes qui viennent pleurnicher pour qu'on leur fasse des albums. On le fait et demain, ce sont eux qui ont la gloire, l'argent et tournent partout. Pourtant le profane ne sait pas comment ça a commencé. Donc, je suis fatigué de faire du social. Je suis un businessman, je fais mon business. J'aime l'argent. Et je mets au défi quiconque viendra me prouver qu'il n'aime pas l'argent. Tout le monde aime l'argent. Et moi, j'ai plusieurs cordes à mon arc. Avant, je ne faisais pas les arrangements, mais je vivais. J'ai ma carrière de chanteur, je suis producteur, je suis propriétaire d'une maison de production et de distribution. Je suis désolé. Je suis un homme d'affaires et je m'organise.

L'histoire de pécune entre Magic System et toi, tout est rentré dans l'ordre ?
Moi, je n'ai pas de problème de pécune avec qui que ce soit. Il y a eu une mauvaise interprétation de cette histoire que je mets sur le compte de l'incompréhension. Je n'ai jamais eu de problèmes particuliers avec quelques artistes que ce soit. C'était un problème de lecture au niveau des fiches de déclaration des droits d'auteurs concernant Magic System.

As-tu participé à la réalisation de leur dernier “Tapé dos” ?
Ils m'ont sollicité pour faire quatre titres sur leur nouvel album. C'est une tâche que j'ai exécutée. J'ai fait quatre titres et ils en ont choisi trois pour mettre sur leur album.

Lesquels ?
Je crois qu'il y a “Saint Valentin”, “Louange” et une reprise d'un titre de leur ancien album “Kampala”. C'est après, je me suis rendu compte qu'il y avait deux “Tapé dos”. Moi, j'avais fait un “Tapé dos”. Je ne savais pas qu'il l'avait fait aussi avec Olivier Blé. Finalement, l'album est sorti, mais ce n'est pas ma version qui est là-dessus.

On dit en revanche que tu as déployé tout ton génie sur l'album de Mokobé…
Ça n'a rien à voir. Les gens pensent toujours à des questions de vengeance. Moi, je ne travaille pas comme ça. Je travaille de la même façon sur tous les albums que je fais. J'ai fait “Premier gaou” qui a été un tube sur le plan mondial. Aujourd'hui, Mokobé porte ma griffe, demain ça peut être une autre personne. Donc, il ne faut pas qu'on dise que je fais des choses par rapport au passé. Moi, j'avance. Par ailleurs, je suis très content que l'album de Mokobé cartonne en ce moment, parce que c'est quelque chose que nous avons pensé ensemble. On a travaillé en parfaite harmonie. C'est normal, parce que quand il y a beaucoup d'amour autour d'une oeuvre, ça marche évidemment. Si le nouvel album de Magic System marche, tant mieux.

Comment juges-tu la musique urbaine que tu as façonnée ? Et quels sont les artistes qui t'impressionnent ?
Je ne suis pas le seul à l'avoir fait. Mais c'est vrai qu'on a donné le ton et cette musique là a bénéficié depuis plus de 10 ans d'une nouvelle génération de musiciens. Olivier Blé, Koudou Athanase, Freddy Assogba et moi-même avons formé une équipe très solide. Et, on a essayé d'apporter vraiment ce que nous avons appris pour l'éclosion de cette musique ivoirienne, qui a été dominée pendant des dizaines d'années par la musique venue d'Afrique centrale. Et donc, nous avons réussi à surmonter cet “obstacle” là, et nous imposer aujourd'hui (..) nous avons tiré profit de ce qui était positif dans ces musiques venant de l'extérieur. Ajouté à notre culture, c'est ce qui a donné ce succès inattendu à la musique ivoirienne qui a fait un bond considérable. Ce qui fait que partout dans le monde entier, on parle du décalé coupé, du zouglou. Je pense que ces rythmes là, représentent l'identité musicale ivoirienne à l'extérieur. Mais dans la vie, tout n'est jamais parfait. Sur le plan de l'arrangement, nous avons essayé de construire quelque chose de solide. Maintenant il reste aux acteurs eux-mêmes de se remettre en cause et de tenir compte des critiques. Et ça, c'est une chose dont les artistes ivoiriens ont horreur (…) je veux parler des critiques constructives. La balle est dans le camp des adeptes du coupé décalé qui doivent revoir par exemple leur manière de chanter. C'est vrai, ils ont réussi à imposer leur concept. Pour ça, je leur tire mon chapeau. Maintenant, l'amusement est fini. Il faut travailler et c'est ça le plus important et le plus dur. C'est pourquoi malheureusement, on va voir mourir plein de faiseurs de coupé-décalé.

Parle-nous de l'épisode Maty Dollar. Il parait qu'elle t'a trahi.
Je n'ai pas envie de parler de Maty Dollar parce que c'est un sujet qui ne m'avancera pas à grand chose. Donc, Maty, c'est le passé. Elle a fait ce qu'elle avait envie de faire. Moi, je l'ai aidé. Il fallait peut-être qu'elle passe par moi pour réussir quelque chose. C'est le destin. C'est la vie. Il y a des gens qu'on aide et qui prennent un autre chemin.

Que s'est-il passé exactement ?
Cette fille m'a été présentée par Armand Assirifix qui vit aux USA avec qui, elle a fait quelques titres. Et quand Armand a appris que je possède une maison de production et de distribution, il m'a appelé pour me dire qu'il a fait la musique d'une fille qui doit sortir au pays. Il m'a donc demandé de m'en occuper. Alors comme j'étais en vacances en Suisse, j'ai reçu le produit de cette dame. Je l'ai écouté, j'ai remarqué que c'était bien. Mais j'ai fait savoir à Armand, que cela faisait longtemps qu'il était parti du pays donc qu'il était un peu déconnecté sur le plan musical en Côte d’Ivoire. Je lui ai donc proposé de faire au moins un titre qui est dans les réalités actuelles de la musique ivoirienne qu'on rajouterait sur l'album qui va sortir. Par la suite, Maty m'a rejoint en Suisse. J'ai composé cette musique (ndlr : pistolerot), sans qu'elle ne débourse un centime. Parce que je devais sortir l'album entant que co-producteur avec elle. Elle est venue à Abidjan pour que je le termine. Après l'avoir terminé, il ne manquait que le mixage. Ce que vous écoutez n'est pas le mixage. C'est un pré-mixage, que je lui ai fait pour qu'elle aille faire l'émission “Tonnerre”. A son retour, J'ai préparé tous les contrats. Après, je me suis rendu en France. Les contrats, je les lui ai remis. Elle ne les a pas signés. Donc, c'est quand j'étais en France, et que j'ai joint mon épouse au téléphone que cette dernière me demandera si Maty devrait sortir chez moi. Tout en la rassurant, j'ai précisé à ma femme que j'allais sortir l’album en question dès mon retour de Paris. Et elle m'a rétorqué automatiquement ceci : “Ce n'est même pas la peine. Parce que je viens de voir à la télé le spot d’une oeuvre de Maty Dollar qui sort chez Showbiz”. Sur le champ, j'ai pris mon téléphone pour l’appeler aux USA afin d’avoir plus amples informations là dessus.

Comment a-t-elle réagi ?
Elle me dit que c'est parce que les gens avaient commencé à pirater la chanson qu'elle a souhaité sortir le single rapidement et qu'après, on sortirait l'album. Je lui ai répliqué : “Tu arrêtes tes conneries. Parce que si les gens ont commencé à pirater, c'est que c'est toi même qui est à la base. Parce que tu es la seule personne à avoir la copie (…) Si tu voulais le sortir, il fallait aller à Ted Label, je donnerais des instructions afin de sortir le même CD. Visiblement tu savais ce que tu étais en train de faire”. Et à elle de me repondre: “J'ai plutôt suivi les conseils de John Chahin et Soum Junior qui sont mes collaborateurs”. Irrité, je lui ai dit de faire ce qu'elle voulait. Parce qu'il y avait d'autres titres dans la machine. Avant de rajouter : “Comme tu es sortie à Showbiz, bon vent et bonne chance”. Après quoi, j'ai arrêté toute collaboration avec elle. Pour moi, elle n'existe plus en tant qu'artiste. J'ai mis une croix complètement sur elle parce que tromper les gens de cette façon là… De toutes les façons, ils sont tous comme ça. Je suis habitué à ce genre de chose.

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